Roméo et Juliette, encore ?
Qu’est-ce qui fait de Roméo et Juliette une histoire mystérieuse et nécessaire, qui nous pousse à la raconter encore et toujours, 400 ans après ?

Deux familles se haïssent. Pourquoi ? On ne le saura jamais vraiment. Peut-être que tous l’ont oublié. On se déteste par habitude, comme si cette haine mutuelle s’était incrustée dans les gènes. C’est devenu une identité familiale, où chacun tient son rôle dans la bataille. Ils se battent, se sont toujours battus et auraient pu se battre pour toujours.
Mais la machine du conflit s’enraye. Le prince menace de mort ceux qui s’affronteront encore. Et dans le même temps, l’amour saisit deux adolescents et brise le moule de la haine apprise.
D’où leur vient cette évidence naïve de l’amour face à la haine ? Cette force, ce courage qui défie tout ce qui les environne, tout ce qu’ils ont appris ?
Leur passion est à la fois une évidence et un mystère, un mystère qui hante encore tous nos amours.
Et on ne montera jamais trop ces classiques ! On n’a jamais fini de les découvrir et, surtout, de les faire découvrir. On a toujours besoin de parcourir ces œuvres et de se rappeler leur actualité.
Naissance d’un désir
Ce projet est né de ma participation au programme AIMS (Artiste Intervenant en Milieu Scolaire). Grâce à ce programme, je suis en résidence dans un collège pendant une année scolaire. J’interviens dans les classes du collège Cesaria Evora de Montreuil. A la demande des professeurs, je monte un spectacle avec des volontaires le mercredi après-midi et j’ai accès à une salle pour travailler sur des projets personnels.
Souhaitant développer un projet en cohérence avec ma présence dans cet établissement, j’ai choisi de monter un classique, que je voulais vivant et rythmé pour captiver des adolescents qui perçoivent souvent le théâtre comme quelque chose de poussiéreux. Afin de pouvoir jouer ce spectacle facilement dans n’importe quel collège, nous avons imaginé une version courte, de moins d’une heure, qui pourra être présentée sur une heure de cours.
Nous avons également voulu que ce projet soit transportable et adaptable à n’importe quel lieu. Nous l’avons donc conçu pour pouvoir nous produire aussi bien dans une salle polyvalente que dans une cour de récréation, ou dans la rue.
Le dispositif bi-frontal nous est vite apparu comme une évidence, car il permet d’inclure clairement le public dans une guerre entre Capulet et Montaigu. Notre objectif est de capter l’attention, même des plus sceptiques, en les impliquant directement dans l’histoire.
Ce désir de rendre cette œuvre accessible et attrayante nous motive à jouer ce projet aussi bien dans des collèges que dans des espaces publics. Nous souhaitons aller à la rencontre de tous les publics, mais également encourager ceux qui ne se sentent pas légitimes à entrer dans un théâtre à franchir ses portes.
Pour cela, nous aimerions créer une deuxième version de notre R&J , cette fois-ci conçue pour la salle. Notre ambition est de conserver le rythme et l’implication du public tout en offrant davantage de place au texte de Shakespeare. La salle, avec le confort qu’elle procure au public, nous permet de proposer un spectacle d’une durée d’1h30. De plus, elle nous offre des outils supplémentaires pour enrichir notre récit : les lumières, les coulisses, les décors…
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Note d’intention
À l’origine, l’idée vient de l’envie de raconter la pièce aux adolescents qui se pensent bien loin de Roméo et Juliette, et qui ont pourtant leur âge.
C’est leur histoire. L’histoire d’ados, qui se battent par habitude sans plus savoir pourquoi et qui s’aiment sans vraiment savoir comment faire. Ils découvrent tout et y plongent sans modération, avec l’intensité de l’adolescence.





Roméo, Juliette, Mercutio, Tybalt : ils jouent au jeu de la haine et de l’amour sans en connaître les risques. Ils en meurent.
Ce drame n’a pas seulement lieu à Vérone, où Shakespeare a décidé de l’implanter. Il a lieu partout, et tout le temps. Partout, il y a de la haine automatisée, dont on oublie presque les origines : différences religieuses, territoriales, financières… La liste est longue.
Et l’amour nous surprend partout, même là où il ne devrait pas être.
Cette histoire est nécessaire, partout, toujours. Nous voulons la transmettre au plus grand nombre, la raconter n’importe quand, n’importe où, et surtout à n’importe qui.
Une plus courte, faire de cette tragédie un jet, raconter l’essentiel en moins d’une heure, tout en gardant la tension, l’urgence, toute la fraîcheur de la jeunesse, la drôlerie absurde de cette haine entre ces deux familles, et le poids du drame qui tombe inéluctablement. Une forme très rythmée, de quoi garder l’attention des plus jeunes.
C’est un spectacle léger mais ambitieux
. Une enceinte, quelques costumes, un drap, un peu de bois, et
beaucoup d’énergie !
On peut l’emporter partout : une salle des fêtes, un gymnase, on sort jouer dans la rue, en bas de chez vous, à la porte de l’immeuble, dans les cours de récréation…
Une autre version, plus longue, où on garde l’énergie, le rire et le drame, mais on donne plus de place au texte de Shakespeare. On prend plus le temps d’approfondir les personnages et de dérouler progressivement le récit, où la tragédie se glisse insidieusement dans cette histoire d’amour transcendante et absolue.
Une version faite pour la salle, où les jeux de lumière prennent leur importance. On prend le temps de découvrir les lieux et de rentrer dans leurs atmosphères.
On s’offre une bulle d’environ une heure et demie, pour plonger intimement dans ce récit.
Cette version est travaillée avec un créateur lumière, Ælfgyve Parry.
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L’Esthétique
Chorégraphie de la violence
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Chez les Capulet et les Montaigu, la violence est un réflexe, un rôle à jouer.
Cette absurdité devient un terrain de jeu. Ces ados imitent la violence des plus anciens, jouent à se battre, à se provoquer à coups de poing ou de punchlines mordantes.
On chorégraphie donc les combats avec les outils du burlesque, de l’escrime de spectacle et de la danse acrobatique.
On joue à jouer Roméo et Juliette, mais, comme eux, on finit toujours par se faire avaler par la tragédie.
Le public est installé en bi-frontal : chaque bord de la scène représente une famille. Mais ici, le public n’est pas seulement spectateur, il devient acteur de cette haine ancestrale. Chaque côté incarne une famille, et sera mobilisé pour soutenir son camp et dénigrer l’autre. Pour faire plus de bruit, être meilleur que ceux d’en face.
Le public est pris dans le jeu : ils deviennent aussi des participants. On les entraîne dans cette dynamique où la haine devient un réflexe, un spectacle, un divertissement.
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Le bi-frontal
La haine de ces deux familles est brute et absolue, alors on choisit une esthétique brute et absolue :
Rouge pour les Capulet, blanc pour les Montaigu. Un coup d’œil suffit pour reconnaître les amis et les ennemis. Cette simplicité visuelle renforce l’idée d’une haine apprise, automatique et arbitraire.
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Les couleurs
On joue avec eux, à se détester, à rivaliser, à se provoquer et peu à peu, on oublie les risques. On oublie que cette haine, même factice, porte en elle la graine du drame. On oublie ce qu’elle est vraiment, et où elle nous conduit inexorablement.
Elle dégénère, elle déborde, mène elle à l’irréparable.
Fiche technique
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L’Équipe
Roméo : André Roussel
Juliette : Marie-Aurélie Penarrubia
Tybalt, la nourrice : Camille Boullé
Mercutio, Frère Laurent : Jeanne Deméautis
Le prince, la mère : Eléna El Ghaoui
Chorégraphie : Marylène Vallet
Maître d’arme : Thomas Reneux
Mise en scène : Jeanne Deméautis en collaboration avec tous les comédien.nes
Créateur et régisseur lumière ( pour la version salle ) : Ælfgyve Parry
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